36 auteurs revisitent "Le Fléau" de Stephen King
Le nouveau "Métal Hurlant", tout chaud dans votre boite aux lettres
Toujours disponibles à prix canon
DINOSAURES ET FEMMES DES CAVERNEs
Lorsqu’on ouvre Cave Girls pour se trouver face à un paysage torturé où des monts volcaniques se dressent face à une forêt touffue et où, dans un creux de plaine lointain, on aperçoit en troupeau tricératops et diplodocus, on peut penser que nous sommes en plein Crétacé supérieur, soit 70 millions d’années dans le passé. Mais quand apparait un jeune chasseur ébouriffé brandissant une lance à pointe de silex, on avance nettement dans le temps pour se trouver au Paléolithique, soit à deux millions de notre ère. Ce qui se confirme lorsque nous suivons le guerrier dans son village, d’apparence très primitif, où l’on habite des sortes de tipis à l’indienne. Mais voyons, pourquoi dire guerrier ? Si l’on observe de plus près les membres de la tribu, qui tous sont intégralement nus, on s’aperçoit qu’il ne s’agit que de femmes, certaines serrant de rares enfants sur leur poitrine. Il ne faudra donc pas chercher une vérité anthropologique dans cet album qui ne mêle les époques que pour illustrer une férocité de tous les instants comme seul facteur de survie, et qui oppose femmes entre elles à propos d’obscur rituels, bêtes entre elles et surtout humains contre bêtes, l’album se poursuivant par la traque d’un vieux tricératops qui ne succombe qu’après avoir écorné et éventré un certain nombre de chasseresses, avant que n’arrive notre bon vieux T-rex, à qui il faut pas moins de 22 pages d’un combat épique avant de périr dans les flammes, percé de tant d’épieux qu’il en arrive à ressembler à un véritable hérisson. L’auteur de ces massacres en série – car il y en aura d’autres dans les 200 pages dans cet album grand format (35 x 24) – est le néo-zélandais Greg Broadmore, concepteur de films tels que District 9 et King Kong pour Wētā Workshop, le studio d’effets spéciaux de Peter Jackson, mais à qui l’on doit aussi des jeux vidéo et d’autres BD, pour l’instant encore inconnus chez nous. Dire qu’il s’agit d’un passionné des dinos serait au-dessous de la vérité, et prétendre qu’il ne les crée que pour les massacrer serait bien injuste car on voit aussi la tribu apprivoiser trois jeunes T-rex orphelins et les nourrir, les théropodes accompagnant alors les humains comme de gros toutous – séquences qui rappelleront les rapports de Chris Pratt avec ses raptors dans les Jurassic World. Pour donner à voir cette série d’apothéoses (reportons-nous aussi à cette éruption de lave sanglante), il fallait un talent graphique exceptionnel, ce que possède Broadmore avec son sens du tragique, du mouvement, du décor, de la précision anthropomorphique, où chaque image se présente comme une toile balayée d’un pinceau furieux et dont le seul équivalent pourrait être Burne Hogarth dans ses Tarzan. Chef-d’œuvre absolu donc, qu’on ne quittera provisoirement que pour attendre un second tome en gestation (Blueman).
LE MÉTAL D’AOÛT
Comme chaque trimestre, le facteur dépose dans notre boîte à condition d’être abonné, bien sûr) une grosse enveloppe contenant la dernière parution de ce mook qui parait toujours plus gros qu’est Métal Hurlant… Le dernier numéro (272 pages) est d’ailleurs sous-titré «On n’arrête pas le progrès». Et qu’y trouve-ton – à part quelques chroniques comme un entretien avec Sébastien Vanicek dont nos lecteurs ont apprécié le film arachnophile Vermines ? Plein de BD bien sûr, ici au nombre de 26, où il serait hypocrite de prétendre qu’on n’y trouve pas à boire et à manger, mais où le ton général est la grande aventure n’éludant pas un net côté social, et pour une fois toutes en couleurs – non que nous n’aimions pas le noir et blanc, bien au contraire, mais c’est tout de même à signaler. Commençons avec notre vedette aux 5 millions d’albums, Xavier Dorison qui, sur des dessins de Servain, évoque avec Alterego des changements de corps, un vieux devenant jeune et vice-versa, l’américano-israélienne Koren Shadmi n’en étant pas loin avec son Détox, où mieux vaut couper son IA servant d’assistant personnel avant de faire l’amour… oui, mais qui ? Comme il ne peut être question de survoler ces 26 histoires, sautons sur Nimrod (Fafner), une fantasy hyperréaliste qui en jette, et terminons avec l’âme de Métal, Jean-Pierre Dionnet en personne qui, avec Erreur 404, scénarise pour Jorg de Vos («le nouveau grand dessinateur réaliste») les problèmes rencontrés par un mort qui ne sait quel paradis choisir. Comme on le constate, il y en a pour tous les goûts !
L’UNIVERS DE CLAUDE ECKEN
Nos lecteurs connaissent bien Claude Ecken, qui a longtemps participé à l’Antre de la Folie et qui fait partie, de par ses multiples activités d’auteur, critique, bédéiste, à ce qu’on appelle « le monde de la sf Française », et ce depuis ses premiers romans au Fleuve Noir au milieu des années ‘80. Excellent novelliste, l’auteur reste plutôt discret quant à sa présence dans les médias, avec seulement, jusqu’à aujourd’hui, deux recueils regroupant ses textes courts : Le monde, tous droits réservés il y a 20 ans et Au réveil il était midi en
2012. Aussi doit-on saluer la parution, enfin, d’une troisième somme, titrée L’Échelle de Reuter, et regroupant, sur 370 pages, 18 nouvelles datées de 2004 à 2018 et, si l’on excepte celles venues du magazine Bifrost, souvent parues dans des organes très confidentiels. Si on écoute l’auteur, il apparait que son credo se résume ainsi : «Il appartient à la science-fiction de se téléporter au-delà du mur, et de préciser les contours, forcément flous, de ce futur à travers des histoires, multiples et parfois contradictoires. Chacune d’entre elles pourrait même être vraie alternativement». D’où une diversité de thèmes qui rend difficile une analyse globale de l’œuvre, où se distingue néanmoins une attention toute particulière portée à la rigueur scientifique des thèmes abordés, même si Ecken ne peut être considéré comme un auteur de hard science à l’américaine… Encore que L’Appel de la nébuleuse (2002) pourrait en apporter la contradiction, voyant une expédition stellaire, à la recherche dans l’univers de traces de vie désespérément absente, («Il nous faut vérifier si l’espoir s’est éteint dans tous les océans. Si des sources hydrothermales au fond des fosses n’abritent pas un début de vie. Une molécule organique autocatalytique attachée à de la pyrite aurait pu utiliser le CIO2 et donner naissance à des bactéries chimiotrophes…») la créée elle-même, un pilote précipitant son astronef dans la soupe primordiale d’une planète qu’il féconde ainsi. Et que penser de Une éternité de plomb (2012) où un homme se réveille pour s’entendre dire : «Vous êtes âgé de deux milliards deux cents quatre cent quatre-vingt-sept mille cinq cents millions d’années» ? Avec Claude Claude Ecken, on est toujours surpris, même si le plus souvent, il en reste à l’écologie et au futur proche, comme dans Les Jardin d’ADN (2005), où, grâce aux manipulations génétiques le Burkina-Faso devient un immense champ de cultures OGN. Oui, mais profitable à qui ?Ou encore Dernier convoi (2O12), ici presque un traité, qui confronte, vieux sujet, écologie et économie. Ce qui n’empêche pas Ecken de s’évader dans des textes plus légers (encore que…) Ainsi de Une épouvantable odeur de lavande (2007), où l’on peut consulter un olfacto-thérapeute pour retrouver sa mémoire. Comme on ne peut tout passer en revue, terminons avec Parole de chat (2013), où l’auteur nous prouve que, comme tout écrivain bien né, il est amoureux des félins, qu’il faut accepter tels qu’ils sont étant donné qu’il est vain de vouloir les doter de la parole et que voir mourir l’un d’eux est un véritable déchirement. Pour conclure, gardons-nous bien de dire qu’on trouve dans L’Échelle de Reuters à boire et à manger car ce terme peut être dépréciatif. Alors que chez Ecken, tout est excellent (Flatland).
STEPHEN KING RETOURNE AU FLÉAU
Du nouveau chez Stephen King, qui a participé au lancement d’une anthologie inspirée du Fléau, son monumental roman post-apocalyptique paru en 1978, mettant en scène une humanité décimée par une pandémie et livrée à l’affrontement entre le Bien et le Mal. Le recueil de 800 pages, publié le 19 août, prolonge l’univers du roman culte, avec 36 auteurs, dont S. A. Cosby, Caroline Kepnes, Catriona Ward, Josh Malerman, Paul Tremblay, Ronald Malfi ou encore Gabino Iglesias, Richard Chizmar ou encore Poppy Z. Brite. L’ouvrage réunit 34 récits répartis en quatre sections aux intitulés évocateurs, mêlant clins d’œil à l’univers de Stephen King et références à la culture pop. La première, Down with the Sickness (Frappe avec la maladie), emprunte son titre à une chanson culte du groupe Disturbed. La seconde, The Long Walk (Marche ou crève dont l’adaptation cinématographique est attenue), renvoie à un autre roman emblématique de King. La troisième, Life was such a Wheel (La vie n’était qu’une roue), reprend une formule extraite du Fléau. Enfin, la quatrième, Other Worlds than These (Il existe d’autres mondes que ceux-ci), cite un fragment de dialogue du Pistolero, premier tome de la saga La Tour sombre. Aucune annonce n’indique une sortie française pour le moment. Eh bien alors, Albin Michel, on se réveille ?
Jean-Pierre ANDREVON






